Je viens de remarquer que Belcherelkhir, le 23 juin avait écrit qu'avant 1840 l'Algérie n'existait pas, j'ai été ahuri de voir que certains surtout maghrébins croient ce que les partisans de la colonisation française ont voulu toujours faire croire.
l’Algérie était un Etat avec ses limites géographiques actuelles qui remontent à 1515. Cet Etat était reconnu par la France, l’Angleterre, la Hollande et même par les Etats-Unis d’Amérique. Il avait d’ailleurs des traités avec tous ces pays. Sa population avoisinait les 10 millions d’habitants, son armée comptait 15 000 hommes réguliers et sa flotte plus de 60 navires de guerre. Ses frontières sont reconnues par les pays voisins de l’Afrique et par la France. Le commerce de cet Etat était développé, il fut évalué à 10 millions-or. Il exportait du blé, de l’orge, du bétail, des chevaux, des tapis, des fruits et des légumes. Sur le plan administratif, il y avait quatre provinces, Alger, Médéa, Oran et Constantine. Un bey était responsable à la tête de chaque province. Au niveau de toute l’Algérie, il y avait un dey comme gouverneur général. La langue officielle était l’arabe. La langue amazigh existe à côté de l’arabe. L’enseignement était pris en charge par plus de 2000 écoles et 5 universités (Alger, Constantine, Oran, Tlemcen et Mazouna). Le général Valaze, en 1834, constatait que presque tous les Arabes savent lire et écrire. Vers 1790, au temps de M. De Robespierre et la révolution, le savant De Paradis disait : « Alger donne son nom à toute la Régence. Elle est le siège du gouvernement et le centre des forces de l’Etat. Il n’a jamais existé d’Etat plus économe des Fonds publics que le gouvernement d’Alger. Le trésor de l’Etat est ménagé avec un scrupule inconcevable. » Dans les villes algériennes, l’artisanat était très avancé. La qualité des tapis de Sétif, de Guergour, du Djebel Amour et de Tlemcen est bien connue pour le prouver. Le maréchal Bugeaud lui-même reconnaît l’existence d’un Etat et d’une nation : « L’existence de cette nation vigoureuse, si bien préparée pour la guerre, si supérieure à ce point de vue aux masses européennes que nous pourrions introduire dans le pays, nous impose l’obligation absolue d’établir devant elle, à côté d’elle, la population la plus vigoureuse possible. » Des intellectuels et des historiens français honnêtes de l’époque comme M. Emerit, E.F. Gautier et P. Leroy-Beaulieu ont reconnu l’existence d’un Etat et d’une nation algériens souverains, civilisés, organisés, développés et d’une grande personnalité. En 1794, l’année où la Convention conduite par M. De Robespierre était en prise avec la réaction royaliste d’un côté et la guerre faite par l’Angleterre pour provoquer la chute de Robespierre d’un autre côté, le Dey d’Alger était venu au secours des révolutionnaires français en les autorisant à s’approvisionner en Algérie. Après la chute de M. De Robespierre et la prise du pouvoir par la réaction thermidorienne, l’Algérie avait offert au Directoire un prêt sans intérêts d’un million-or. L’Algérie était devenue le créancier de la France thermidorienne, bonapartiste puis royaliste. En 1815, quant la guerre était finie,la Restauration refusa de payer la dette à l’Algérie. A partie de 1820, pour éviter de payer la dette, la France royaliste commença les préparatifs pour coloniser l’Algérie. On connait la suite.
Donc, Monsieur Becherelkhir, L’Etat algérien était déjà avant 1830 un Etat prospère et riche. S’il n’était pas ainsi, il n’aurait pas pu aider la France et lui prêter une somme colossale sans intérêts.
Salutations