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le Maroc et l’Algérie ne sont pas encore la même terre. »

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admin"SNP1975"

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le Maroc et l’Algérie ne sont pas encore la même terre. » 24_jil10


Nous sommes en 1959, dans le quartier Ben M’Hidi d’Oujda, l’une des bases arrière de l’insurrection algérienne. Un musicien joue de la flûte devant trois grands hommes qui marqueront l’histoire du Maghreb. Hassan II, Roi du Maroc, Boumediene et Ben Bella, deux hauts officiers qui inscriront leurs noms dans l’histoire de l’indépendance d’Algérie. Soudain le musicien se lève et, droit dans ses bottes, se dirige vers le roi du Maroc, lui murmurant ces mots qui vont changer sa vie : « Sire, je suis Marocain et je veux rentrer un jour dans mon pays. » Qu’avait donc dit cet homme au souverain marocain, se demandait l’assistance, nombreuse, des officiers algériens, en parade ce jour – là dans leur base d’Oujda ? Cet homme c’est Jilali Ben Salem, musicien de son état, boxeur à l’occasion, qui a traversé la période tumultueuse de la guerre d’Algérie dans le maquis et, bien souvent, dans des opérations commando en Europe pour éliminer des « traitres ».

Aujourd’hui encore, à 76 ans, il se souvient de la réponse de Hassan II. « Tu seras toujours le bienvenu dans ton pays. » Et puis, le roi conclut par cette prophétie qui ne s’est pas encore réalisée : « L’Algérie et le Maroc seront un jour un seul pays. » Des paroles qui inspireront Jilali Ben Salem, connu alors comme étant le roi du Igasba, la flûte locale.

Avant de rencontrer Hasssan II pour la première fois, l’artiste avait déjà accompli son service militaire au sein de l’armée française, à partir de 1954, année même où l’insurrection algérienne avait commencé. Dans sa famille, la guerre était omniprésente. Son père fut arrêté puis rapatrié brutalement au Maroc, « son pays d’origine », pour avoir stocké des armes au profit de la rébellion. A ce moment là, Jilali Ben Salem était sous-officier de l’armée française. Il finira par rejoindre les Fedayiin. Commencent alors de spectaculaires missions commando en France et en Allemagne. A son actif, plusieurs missions accomplies avec succès. Puis, ce séjour dans la base de Ben M’Hidi et cette rencontre qui allait changer sa vie.

La vie au Palais

Envoyé dans une autre base algérienne, près de Nador, pour jouer de la musique pour les blessés, il y restera, mais hanté par ce puissant appelle du terroir. Combinant vie d’artiste et vie de résistant. « La belle époque », se souvient-il. « On rêvait d’un grand soir, de la liberté », explique-t-il ému. C’est durant cette période qu’il rencontrera le musicien algérien Dahman Al Harrachi, grand précurseur du raï algérien. Et, aussi, le père du chanteur Khaled, lui aussi résistant. C’est là, à Nador, qu’en 1962 Jilali fête le cessez-le-feu. L’Algérie était indépendante.

Libéré de ses charges, Jimi poursuit sa carrière d’artiste en gagnant Casablanca, attiré par ses cabarets et sa vie nocturne, où l’on ne s’ennuie guère à force de vie et de musique. « J’étais un bohémien, vivant au jour le jour en pension dans un hôtel », raconte-t-il, le regard lointain.

Puis, un jour, après un énième concert de flûte et de guitare, une dernière mélodie, il prit sa décision : « Je vais aller voir mon roi » ! Le voilà donc à Rabat, dans l’enceinte du Palais royal, où il est accueilli avec un mélange d’incompréhension et de méfiance. Les officiers se le repassent, le réécoutent. Et sa réponse est invariable : « Je connais le roi, je suis venu le voir. » Après plusieurs conciliabules, un haut officier décida d’aller informer le roi. Jilali ne saurait dire combien de temps il attendit. Tout ce dont il se souvient c’était cette phrase : « Sa Majesté va vous recevoir. » Escorté de quelques auxiliaires, il ne tardera pas à être devant Hassan II, qui le reconnut après quelques échanges.

Il lui remit une somme de 20 000 dirhams, ainsi que 44 louis d’or. « Je vous emmènerai jouer dans quatre jours. » Jilali, qui avait laissé l’adresse de son hôtel, fut invité à jouer au Palais royal de Skhirat. Après l’avoir écouté, le roi décidera de le garder au Palais. Ainsi commença une nouvelle vie pour Jilali. « En fait, une belle vie d’art, où tout notre bonheur était de jouer devant le souverain. » Logé au conservatoire de musique de Touarga, une annexe du Palais de Rabat, il vivra de belles années de bonheur.

La menace d’un pistolet

Puis, un jour, il y eut l’attentat de Skhirat, en 1971. Bien évidemment, Jilali était là ce jour-là. Il se souvient encore du crépitement des balles. A vu plusieurs hommes tomber, dont le médecin du roi. Lui-même s’est retrouvé le nez sur le gazon sous la menace d’un pistolet. Il y aura aussi cet attentat de 1972 qui visait le Boeing royal. Deux événements qui marqueront la vie au Palais.

La grande décontraction céda la place à une certaine mélancolie. Pendant longtemps, le Roi sera pris. Alors les soirées perdirent de leur éclat. Jilali multipliera de nouveau les escapades à Casablanca. De temps en temps, il poussait jusqu’à Oran, ville qui l’a vu naître et où ses voisins espagnols l’appelaient « Moreno » et les Algériens « Salem le marocain ». Là, il se souvient encore de ses débuts avec le groupe Blaoui Lhouari, selon ses dires, le vrai initiateur du rai. « J’étais imbattable en flûte ».

Aujourd’hui, 50 ans après sa première rencontre avec Hassan II, le musicien du roi vit avec ses souvenirs, en meublant ses soirées avec sa guitare et sa flûte, avec sa fille, Jamila Bouziane, née au Palais royal, en accompagnatrice. Mais au-delà de l’accent, que reste-t-il de l’enfant d’Oran ?

Comme l’Albatros de Baudelaire, ses ailes de géant l’ont sans doute empêché de prendre le grand envol d’une vie d’artiste. Autrefois prince des nuées, le voilà oublié par la multitude. « En fait qu’importe les honneurs, si on vit heureux. » Parfois, l’amertume prend le dessus. Et cela se lit dans le regard de Jimmy. « J’ai été chassé du Palais à l’insu du roi, une année avant sa mort. On lui a dit que j’ai préféré partir vivre à Casablanca », explique-t-il. « Mais je n’ai pas de regrets. Ma seule tristesse c’est de voir que la prophétie ne s’est pas réalisée : le Maroc et l’Algérie ne sont pas encore la même terre. » Son dernier rêve, effectuer un pèlerinage à Oran, à la rencontre des cabarets qui l’ont vu jouer pour la première fois.

MBF lesafriques

http://www.marocainsdalgerie.net

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