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La frontière algéro-marocaine vraiment fermée? Avec 2000 dinars, on peut la traverser. REPORTAGE

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admin"SNP1975"

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La frontière algéro-marocaine vraiment fermée? Avec 2000 dinars, on peut la traverser. REPORTAGE La frontière algéro-marocaine vraiment fermée? Avec 2000 dinars, on peut la traverser. REPORTAGE  Dscf2415
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1ère PARTIE : L'ALLER. Il y a quelques années, je n’avais pas besoin de payer un passeur pour aller humer l’air chérifien. Les temps ayant changé, je ne dois plus jouer au héros. Il paraît que les frontières algéro-marocaines sont mieux surveillées en raison de la présence du monarque sur la plage de Saïdia à la fin du mois de juillet dernier. Un passeur se propose de me les faire traverser clandestinement pour 2000 dinars.


Pour passer de l'autre côté de la frontière, je me suis déplacé à Boukanoun, le village algérien qui face à Ahfir, la bourgade marocaine. Mon ange gardien, qui dit s’appeler Omar, attablé sur la terrasse du café Es-Sabah, exige 2000 DA comme droit de passage. Payable à l'avance. Rendez-vous est pris pour le lendemain à 6 h du matin… Samedi, je suis au rendez-vous à l’heure convenue. Notre convoi s’ébranle cahincaha. Nous amorçons la traversée à pas feutrés. Mes appréhensions sont telles que je sens mes pieds collés avec de la glu sur le sol. Nous sommes six à faire la traversée, sept avec le passeur. Dociles, mes cinq compagnons dont deux subsahariens doivent se courber parce que leur taille pose problème. Leur grande taille peut-être repérée par les vigiles de part et d'autre de la frontière. Le nez collé à leur dos, je suis à la queue de la file. Ma position ne répond à aucune stratégie, si ce n’est de prendre la poudre d’escampette en cas de complication.

«Alors camarades, vous allez en Espagne?»

Notre passeur se permet une « chemma » ( tabac à chiquer) avant de nous accorder un moment de répit. En pareilles circonstances, on est habité par des sentiments ambivalents. Et moi, entre le bonheur de réussir le passage et la peur d’échouer, je me fie fatalement au destin. «Alors camarades, vous allez en Espagne?» demandes-je aux deux Subsahariens. Interloqués, les deux blêmissent. Passablement énervé, Omar intervient: «Laisse-les tranquilles...Je t’ai pourtant prévenu de ne pas poser trop de questions!» Notre ange gardien nous explique alors que nous devons attendre la relève des soldats. Mauvais calcul ou mauvais sort? Toujours est-il qu’à ce moment précis, une voix enrouée surgit des broussailles : «Halte!» Mes tripes se sont mises à gargouiller à la vue du tabor, le bidasse marocain. J'ai réalisé alors que nous sommes sous le ciel et sur les terres du «Commandeur des croyants». Déjà au Maroc !

«Sidi, c’est le premier convoi»

«Le tourisme va bien? Allez, vos papiers! Nous sommes le serviteur de Sa Majesté», ordonne le tabor en braquant sa vieille mitraillette sur nous. Un des passagers se met à trembloter. Nullement impressionné, en guise de documents de voyage, notre passeur refile au soldat des billets de banque pliés, en accompagnant son geste d’un chuchotement à l’oreille de celui qui nous nous menace toujours avec son arme. «Sidi, c’est le premier convoi», explique doctement Omar le passeur. « Y’en a pas assez», entonne le gardien du temple en tenue kaki. Je ne sais pas quelle mouche m’a piqué lorsqu'avec un sourire qui se veut rassurant, je réponds: «En effet, nous ne sommes que six, si j’exclus le passeur.»

«Celui-là, je l’emmène au poste»

«La ferme, toi ! Il ne parle pas du nombre, mais de l’oseille», coupe le passeur. ll sourit hypocritement et renchérit: «Ya Sidi, celui-là ne fait pas partie du lot. Il est, comme dirait l’autre, en surcharge.». Le guide vient de me désigner comme une charge de plus dans ce convoi des braves qui veut rallier le Maroc. «Celui-là, je l’emmène au poste», tranche le militaire, son armé encore braquée sur nous. Le passeur tente de sauver les meubles. «Sidi, excusez son innocence arrogante, il va seulement voir sa mère qu’il n’a pas revue depuis la fermeture des frontières», plaide-t-il. «Où habite-t-il, demande le tabor d'un air goguenard. Je ne l’ai jamais vu, je dois le fouiller!». Puis, en s’adressant à mon auguste personne, il m'ordonne d'enlever mes chaussures.

«Il n’en a pas l’air…Tu es Algérien, toi?»

«Il n’a rien, Sidi, plaide Omar, il n’a jamais traversé la frontière ou peut-être une seule fois dans sa vie, c’est un pauvre ouvrier qui trime du matin au soir comme un forçat.» Méfiant, le soldat, sans doute le résultat d'une longue expérience acquise à surveiller cette frontière officiellement fermée mais ouverte de toutes parts «Il n’en a pas l’air…Tu es Algérien, toi?», me demande-t-il. Pour éviter plus de désagréments, il faut recourir au mensonge. «Moitié-moitié...Ma mère est marocaine, mon père algérien» A vrai dire, c'est un presque un demi-mensonge. Dans cette bande frontalière entre l'Algérie et le Maroc, des milliers de personnes sont issues de familles et de couples mixtes. Mon mensonge semble avoir davantage attisé la cupidité du bidasse. «Dans ce cas, il doit payer plus cher. Que vaut l'argent quand il s’agit de l’amour de sa mère?», dit-il d'un air cynique de celui qui est rompu à la pratique du racket et du rançonnement.

« Mon boulot est de faire passer des gens et de les ramener à bon port, le reste ne me concerne pas»

Mes compagnons se murent dans un silence sépulcral et tentent gauchement d’éviter de se croiser leurs regards. Ils sont trahis par leur attitude d’hommes traqués. Le tabor, qui semble éprouver un malsain plaisir à nous torturer, revient à la charge en me regardant avec mépris. Son collègue lui fait signe discrètement de nous relâcher. Il a consenti, enfin, à nous libérer le passage, mais à condition de lui ramener, à mon retour, un démodulateur pour paraboles. J’ai accepté sans prononcer un mot, sans comprendre pourquoi moi, je dois payer une surtaxe. Il est clair que les membres du convoi ne sont pas tous logés à la même enseigne. Devant mon air de chien battu, Omar me glisse à l’oreille : «Les autres doivent s’acquitter d’un droit de passage spécial, eux casquent en euros et quant à moi, mon boulot est de faire passer des gens et de les ramener à bon port, le reste ne me concerne pas», m’ explique notre guide. Nous reprenons le chemin comme si nous revenions d’un enterrement, mon nez toujours collé au dos d’un des Subsahariens. Nous croisons deux baudets dont les bâts sont lourdement chargés. Des animaux convoyeurs de marchandises de contrebandiers. La première partie de la traversée s'est achevée. Il reste encore à s'enfoncer dans les terres marocaines avant d'arriver au premier village.

« Avant que je n’oublie, tu me dois une rallonge de 2000 dinars »

Nous dévalons une pente qui aboutit à la rivière. Omar nous intime l’ordre de nous arrêter une seconde fois. Il n’est plus crispé. J’en profite pour demander l’autorisation de fumer une cigarette. J’en ai proposé aussi aux autres passagers. Ne sont-ils pas soulagés d’avoir parcouru une partie de l’itinéraire? Je commence à m'inquiéter et à perdre patience : «Décidément, il y a trop d’escales, Omar! Nous sommes arrivés en principe, qu’attendons-nous pour continuer?». «Tant que nous n'avons n’a pas traversé la rivière, nous sommes jamais arrivés, tranche-t-il avant d'ajouter d'un ton martial. Avant que je n’oublie, tu me dois une rallonge de 2000 dinars car je sais que tu ne ramèneras jamais ce foutu démodulateur au tabor et, dans ces conditions, c’est moi qui serais dans de mauvais draps. Alors, je préfère prendre mes précautions. Ce n’est pas pour un bout de métal que je vais bousiller mon business, tu dois comprendre ça aussi…» Le passeur est apparemment inquiet, mais il ne s’oppose plus à mes interventions. La censure est levée comme par enchantement.

Au bout de la traversée, un concert de Cheba Zahouania à Oujda

Quinze minutes se sont écoulées quand trois personnes arrivent à notre hauteur. Omar, devenu jovial comme par magie, les accueillie avec des embrassades. «On part», dit l’un d'eux. Omar, d’un ton exagérément solennel, s’arrête brusquement pour nous confier à nos nouveaux sbires. « Ma mission s’achève ici, dit-il. Désormais, vous appartenez à vos nouveaux anges gardiens, courage et que Dieu vous protège!.» Un de mes nouveaux anges gardiens m’accompagne jusqu’au centre de la ville d’Ahfir, précisément au café de La paix. Il m’explique que je devais me pointer au même endroit le lendemain à 16h. Une fois le thé à la menthe avalé, je prends normalement un taxi sur Oujda. Direction, café de France où un de mes amis marocains, Rachid, professeur de français, m’attend. « Tu as de la chance, ce soir, il y a Chaba Zehouania au festival du raï qui se déroule sur la place Ennour!», m'annonce-t-il. Je lui raconte que la traversée était trop protocolaire comparativement aux précédentes. Il m’explique alors que la venue de Mohamed VI dans le Maroc Oriental a obligé les responsables marocains à renforcer les mesures de sécurité. Visiblement, cela n'a pas empêché notre tabor de prélever sa dime. Il me reste à refaire le chemin inverse pour retourner en Algérie.


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Dernière édition par admin le Jeu 2 Sep - 16:22, édité 2 fois

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admin"SNP1975"

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2ème PARTE : LE RETOUR Oujda Il est 15 h 45. 37° à l’ombre. Le ciel est tellement bas qu'il rase la tête. Un vent d’enfer fouette les visages des rares personnes qui se sont aventurées à cette heure de la journée. Le boulevard Mohammed V d’Oujda est quasiment désert. Je me pointe au café de France, comme convenu avec mon guide Rachid. Je commande un 7 up. J’essaie de remémorer la journée d’avant, histoire de faire un petit bilan sur cette traversée. Lire également: La frontière algéro-marocaine vraiment fermée? Avec 2000 dinars, on peut la traverser. REPORTAGE



«Positif» conclus-je avec égocentrisme. J'ai traversé la frontière algéro-marocaine en payant 2000 dinars. J'ai passé une journée à Oujda, assisté au concert de Cheba Zehouania et maintenant, il faut que je retourne chez moi en Algérie. Subitement, le doute m’habite. Et si mon guide me faisait compagnie? Et s’il était de mèche avec le Makhzen ? Le temps passe. Aucune ombre de Rachid ne pointe à l’horizon. Le rendez-vous était pour 16h. Deux heures sont déjà passées et le guide n'est toujours pas là. Je commande un thé à la menthe. La salle climatisée se remplit graduellement. Je fais un saut au souk de Bab Sidi Abdelwahab. Pour jauger un peu l’ambiance. Pour fondre dans la foule, dense depuis peu et juger, selon mon intuition, si j’étais suivi ou non. Tout le monde me regarde. Personne ne fait attention à moi. Un sentiment ambivalent me torture. Je retourne au café de France. Un rapide coup d’œil sur la terrasse puis dans la salle me rend à l’évidence : Rachid ne viendra pas.

Je connais la bande frontalière pour l’avoir déflorée plus de quatorze fois

Retourner à Ahfir, 40 km plus loin, pourrait être risqué pour moi. Les barrages de la police et de la gendarmerie royale sont «achalandés» d’Oujda jusqu’à Saïdia, la station balnéaire. Que faire? Il faut que je me décide rapidement. Je connais la bande frontalière pour l’avoir déflorée plus de quatorze fois. La différence, jusqu’ici, est que je n’ai pratiquement jamais traversé l’Oued Kiss en solo. Pourtant, à y voir de plus près, ce n’est pas sorcier de parcourir quelques mètres d’un sens à l’autre. J’ai mis de côté 200 dirhams, droit de passage pour les gardiens du temple de sa Majesté. Et si je suis arrêté, malgré tout, je connais la sentence : un mois d’emprisonnement, puis reconduite clandestine à la frontière au milieu de la broussaille. Je prends un taxi Mercedes jaune en direction du poste frontalier Zoudj Bghal. Je rappelle au chauffeur, qui ne doute pas de ma nationalité, de me déposer au relais, quelques kilomètres avant les barrières.

« On termine la bouteille de Ricard et on t’accompagnera jusqu’à l’autre rive, en Algérie»

19 h 15. Je descends de la voiture. Je m’attable sur la terrasse de la crèmerie. Des familles sirotent des boissons fraîches. Je scrute les visages discrètement. Au cas où une connaissance apparaît. En face, les fermes algériennes reluquent les vergers chérifiens. Je sais qu’il suffit de se faufiler derrière la façade de l’établissement hôtelier, dévaler la pente, se mouiller les pieds dans la rivière et atterrir sur le territoire algérien, au lieu dit Dalia (la Vigne). Je tente le coup. Mal m’en prit. Sur les berges de l’Oued, deux jeunes d’une trentaine d’années allongés à même le sol se relayent sur une bouteille de Ricard. «Salam Aalikoum!». Bienveillants, ils m’invitent à partager le reste de la bouteille. Il ne manque plus que ça. Je refuse gentiment en demandant avec peu de délicatesse si l’itinéraire peut m’emmener à bon port «Tu as tout le temps pour passer de l'autre côté, assieds-toi!» Je m’exécute. Quelque part, la voix d'un muezzin appelle à la prière du Maghreb. « On termine la bouteille de Ricard et on t’accompagnera jusqu’à l’autre rive, en Algérie», dit un de mes compagnons de hasard. Je la joue rejla. J’extirpe deux billets de 100 dirhams. «C'est pour une autre bouteille demain, c’est moi qui casque et je suis désolé si je ne peux partager la fiesta avec vous!», dis-je. Mes deux compagnons de fortune apprécient le geste. Ils m’invitent à les suivre. Mon ventre gargouille. Je me suis jeté dans la gueule du loup?

«Besslama Sidi, continue tout droit, y aura personne sur ton chemin»

On lève le camp. Je suis mes nouveaux guides. Après quelques minutes de marche, nous tombons nez à nez sur deux soldats marocains. Mes compagnons, très à l’aise,saluent les bidasses. Je fais pareil. «Ce monsieur est notre cousin, il rentre chez lui», explique celui qui dit s’appeler Yahia en prenant le soin de refiler un billet de 100 dirhams à l’un des garde frontières. Ce dernier parcourt avec moi une centaine de mètres, puis s’arrête : «Besslama Sidi, continue tout droit, y aura personne sur ton chemin», m'annonce-t-il d'un ton rassurant. Je marche tout droit en terrain conquis. Je suis de retour en Algérie. Un chien aboie. Un quinquagénaire répond machinalement à mon salut. Il doit avoir l’habitude de rencontrer des gens sur cet endroit. «Je peux trouver des taxis collectifs maintenant?» demande-je au cultivateur algérien. «Mets-toi sur le bord de la route, il y aura toujours quelqu’un qui te ramènera à Maghnia » Je me pointe à 50 mètres du village Akid Lotfi. Dix minutes plus tard, un hallab (trafiquant de carburant) s’arrête à mon niveau et m’invite à monter. L’habitacle sent l’essence. «Tu habites le village?», demande-t-il. «Non, je reviens d’un mariage!» Mon conducteur me dépose à proximité de l’hôtel El Izza, à la périphérie de la ville de Maghnia.

Il est 20 h 45 en territoire algérien. Des véhicules de la douane sillonnent le boulevard menant à la frontière. J’aurais du rester un moment avec mes deux voisins de l’Oued pour partager le reste de la bouteille de Ricard.

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